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Les compétences managériales de demain, éclairées par les neurosciences

  • 23 juin
  • 4 min de lecture

Le 28 mai 2026, Valeur Plus a réuni une cinquantaine de dirigeants, managers et professionnels RH autour d’une question centrale : quelles seront les compétences managériales de demain ? Et qu’est-ce que les neurosciences peuvent nous en apprendre ? Car derrière nos façons de manager, de décider et d’interagir agit un acteur que l’on oublie souvent : notre cerveau. Pour explorer ce terrain, nous avons conçu et animé une conférence en y associant Nelcy Bovet et Emily Papaux, expertes en neurosciences comportementales chez Neuroly Sàrl. L’objectif n’était pas d’empiler des concepts, mais de relier ce que la recherche nous apprend du fonctionnement cérébral à la réalité quotidienne des organisations. Dans un environnement devenu fragile et imprévisible, les compétences managériales les plus décisives ne sont plus seulement techniques. Elles touchent à notre capacité à comprendre, et parfois à apprivoiser, notre propre cerveau.



Pourquoi regarder le management à travers le prisme du cerveau ?

Le contexte n’est plus celui d’hier. Nous évoluons désormais dans un monde BANI (fragile, anxieux, non-linéaire et incompréhensible) où les repères managériaux ne tiennent plus comme avant. Or, face à cette pression croissante, le cerveau humain réagit selon une mécanique bien documentée. Il bascule en permanence entre deux modes : un mode automatique, rapide et instinctif, et un mode adaptatif, plus lent et nuancé. Sous tension, c’est le premier qui prend le dessus.


Le problème, c’est que ce mode automatique ne cherche pas d’abord la justesse : il cherche la prédictibilité. Le cerveau préfère une réponse rassurante à une réponse exacte, comble les zones d’incertitude par l’interprétation et confond volontiers soulagement cognitif et lucidité. Le cas pratique présenté lors de la conférence l’illustre parfaitement : un DRH, alerté par plusieurs signaux concernant un manager loyal – ambiance dégradée, une démission, une plainte client – et pressé par le temps, sollicite l’IA pour préparer un entretien délicat. Résultat : une approche mécanique, sans éléments factuels solides, face à laquelle le manager se braque. En cherchant à calmer son inconfort plutôt qu’à le comprendre, le DRH s’est trompé de problème.


Quelles sont les quatre compétences managériales de demain ?

De cette lecture neuroscientifique émergent quatre compétences clés. Elles ne s’opposent pas aux savoir-faire techniques : elles les complètent et forment ensemble un système intégré.

  • La régulation émotionnelle : La capacité à identifier, nommer et réguler ses émotions pour agir avec discernement. Une émotion non identifiée influence malgré tout nos décisions. La première compétence du manager consiste donc à conscientiser son propre malaise avant d’agir, plutôt qu’à chercher une issue rapide qui ne fait que désamorcer la tension du moment.

  • L’intelligence relationnelle : La capacité à lire les dynamiques interpersonnelles et les signaux faibles, au-delà des mots. Le cerveau social lit les relations avant les faits, et comble les vides par l’interprétation. Dans bien des tensions professionnelles, le problème ne vient pas des faits, mais de la vitesse à laquelle nos cerveaux interprètent les intentions de l’autre. Avec un collaborateur en difficulté, il s’agit d’abord d’explorer comment il vit la situation, avant de le confronter.

  • L’esprit critique situationnel : La capacité à analyser rationnellement l’information en distinguant les faits, les biais et les émotions. Le cerveau fatigué adore les réponses qui le soulagent et confond parfois fluidité et vérité : une réponse bien structurée en cinq points semble pertinente parce qu’elle est confortable. Face à la délégation croissante aux machines, l’esprit critique consiste à créer un espace avant la conclusion. La compétence du manager de demain sera peut-être moins de trouver vite une réponse que de rester lucide au milieu de toutes celles qu’on lui propose.

  • L’agilité situationnelle : Souvent réduite à la capacité à s’adapter en permanence, elle se redéfinit ici comme la capacité à choisir délibérément quand accélérer et quand ralentir. Car le problème, aujourd’hui, n’est plus le changement : c’est l’accumulation. Le cerveau peut s’adapter, mais pas à tout, tout le temps. Un cerveau saturé devient rigide et les tensions s’accumulent. Réguler volontairement le rythme, c’est reprendre la main avant que la saturation ne le fasse à notre place.


Comment développer ces compétences au quotidien ?

Ces compétences ne se décrètent pas : elles se travaillent, par des pratiques simples et répétées. La conférence en a proposé plusieurs, immédiatement actionnables :

  • Bloquer systématiquement 15 à 30 minutes avant et après les réunions importantes, pour laisser au mode adaptatif le temps de fonctionner.

  • Utiliser la méthode RIBA (Raisons – Impact – Bénéfices – Action) avant de solliciter l’IA, pour penser par soi-même avant de déléguer.

  • Pratiquer des micro-resets neurocognitifs : décoller la langue du palais, élargir le champ visuel, allonger légèrement l’expiration, etc. pour signaler au cerveau qu’il peut quitter le mode urgence.

  • Communiquer explicitement les délais de réflexion aux équipes, pour que la prise de recul ne soit pas perçue comme de l’inaction.


Ces quatre compétences s’inscrivent dans un référentiel plus large de 21 compétences, organisé en trois pôles – piloter, penser, relier – qui structure notre lecture du développement managérial. L’enjeu, sur le terrain, n’est pas d’ajouter une pression supplémentaire sur des managers déjà sollicités, mais de leur donner des repères pour ne pas subir leur propre fonctionnement cérébral.

Et si nous faisions un pas de côté ?

Au fond, le message de cette conférence était paradoxal dans un monde qui valorise la vitesse : la performance durable passe par la capacité à ralentir au bon moment. Manager demain, ce ne sera pas aller toujours plus vite, mais préserver assez de clarté, de stabilité et de récupération pour que le cerveau humain – le nôtre comme celui de nos équipes – continue de fonctionner pleinement.


Chez Valeur Plus, nous sommes convaincus que ces compétences se construisent dans la durée, par la formation, le coaching et l’accompagnement managérial. C’est précisément ce que nous mettons au service des organisations qui souhaitent traverser l’incertitude sans y perdre leur cohérence ni leurs talents. Et si la vraie question, pour 2026, n’était pas « comment décider plus vite ? », mais « comment décider plus juste ? »

 


Réalisé par Cassandra Kunkel, responsable communication


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