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Assessment : évaluer ce qui est, et révéler ce qui peut advenir

il y a 24 minutes
5 min de lecture

« Est-ce que cette personne a les compétences pour le poste ? » C'est encore, dans la plupart des mandats qui nous parviennent, la question posée. Elle est légitime, mais elle est devenue trop étroite. Elle suppose qu'une compétence se possède ou ne se possède pas, alors que ce que nous observons sur le terrain est tout autre : une compétence se déploie ou non, selon le contexte, l'équipe et le moment.


Le mot « compétence » porte d'ailleurs ce déplacement. Il vient du latin competere, tendre vers le même point, converger. Une compétence n'est pas une propriété que l'on détient une fois pour toutes : c'est ce qui se produit lorsqu'une personne et une situation se rencontrent. Évaluer ne consiste donc pas à inventorier, mais à comprendre dans quelles conditions cette rencontre a lieu, et dans quelles conditions elle pourrait avoir lieu demain.



Pourquoi l'évaluation des compétences est-elle devenue plus difficile ?

Longtemps, évaluer revenait à vérifier. Le référentiel était stable, les compétences techniques constituaient le cœur du jugement, et l'expérience passée offrait une prédiction raisonnable de la performance future. Ce socle s'est fissuré. Dans un environnement BANI – fragile, anxieux, non linéaire et incompréhensible – les repères se déplacent plus vite que les référentiels, et une part du travail technique se voit absorbée par l'automatisation. Ce qui reste discriminant est précisément ce qui ne se délègue pas : la qualité du jugement, la lecture des situations humaines, la capacité à décider avec des informations incomplètes.


Le paradoxe est là. Jamais il n'a été aussi simple de produire des données sur une personne : quelques minutes suffisent pour faire passer un test en ligne et obtenir un rapport de trente pages. La difficulté avec toute cette matière obtenue, est de savoir laquelle compte, et à quel moment cesser de mesurer pour commencer à comprendre.


Recruter ou développer : deux assessments, deux finalités

L'assessment reste associé, dans les esprits, au recrutement. C'est l'un de ses deux usages, et pas nécessairement le plus riche. L'assessment de recrutement répond à une question d'adéquation : cette personne dispose-t-elle des compétences requises pour ce poste, dans ce contexte, avec cette équipe ? Le référentiel est fixé en amont et la conclusion se formule en termes de correspondance.


L'assessment de développement procède d'une logique inverse. Il ne confronte plus une personne à des critères prédéfinis, il ouvre le champ des possibles : quelles sont ses forces réelles, que lui reste-t-il à consolider, et jusqu'où peut-elle aller ? La démarche éclaire un bilan de compétences, prépare une mobilité interne, objective une promotion envisagée ou sécurise l'anticipation d'une succession. Elle donne surtout à l'organisation ce dont elle manque le plus : une vision documentée du potentiel dont elle dispose déjà en interne.


Les deux démarches partagent une méthodologie, mais n'ont ni la même posture, ni les mêmes exercices, ni la même restitution. Les confondre est une erreur qui peut être coûteuse : un assessment présenté comme développemental mais utilisé, en réalité, comme un outil de sélection déguisé abîme durablement la confiance.


Quelles compétences font réellement la différence aujourd'hui ?

Ce qui distingue les responsables capables de tenir la barre dans l'incertitude relève de moins en moins de la technique. Comprendre ce qu'un interlocuteur dit et, surtout, ce qu'il ne dit pas. Traverser une séance tendue sans se laisser emporter par la tension ni la nier. Réguler les émotions d'une équipe pour qu'elles n'entament pas la qualité du travail. Questionner les évidences et apprécier la solidité d'une information, à l'heure où produire un contenu plausible ne coûte plus rien.


Chez Valeur Plus, nous avons donc fait évoluer notre référentiel de compétences, en partant de ce que le terrain nous renvoie plutôt que d'un modèle importé. Il s'organise désormais autour de trois pôles :

  • Agir et piloter : les compétences managériales de conduite d'équipe, parmi lesquelles la conduite d'entretien et la gestion de conflit.

  • Penser et naviguer : les compétences réflexives et analytiques, parmi lesquelles l'esprit critique et la vision globale.

  • Ressentir et relier : les compétences émotionnelles et relationnelles, parmi lesquelles la régulation émotionnelle et l'assertivité.


Ce découpage n'est pas un classement. Un profil solide n'est pas celui qui excelle partout, mais celui dont les appuis correspondent à ce que la fonction exigera réellement.


La place des outils, et l'arrivée d'AssessFirst

Une compétence relationnelle s’observe plus qu’elle ne se déclare. Nos assessments reposent donc d'abord sur des mises en situation construites à partir de la réalité du poste, puis croisées avec un entretien approfondi. Le dispositif ne cherche pas la performance de façade : il cherche le moment où la personne doit arbitrer, sous contrainte, avec des informations imparfaites.


Les travaux les plus récents en psychologie du travail vont dans ce sens. En 2022, l'équipe de Paul Sackett[1] a repris quarante ans de recherches sur la sélection et abouti à un constat net : l'entretien mené librement, au fil de la conversation, prédit environ deux fois moins bien la réussite en poste qu'un entretien structuré ou qu'un dispositif de mises en situation. La différence tient au cadre dans lequel les recruteurs observent.


Les outils psychométriques enrichissent cette lecture. Nous avons récemment intégré AssessFirst à notre palette d'instruments, qui éclaire trois registres complémentaires : la manière de raisonner et d'apprendre, les préférences comportementales dans la relation et la collaboration, et les moteurs profonds de motivation. Autant de dimensions qui expliquent souvent pourquoi une même compétence se déploie remarquablement dans un environnement et s'étiole dans un autre.


Notre conviction reste inchangée : un test ouvre des pistes sans rien conclure. Ces outils ne rangent personne dans une catégorie, ils formulent des hypothèses que l'assessment viendra confirmer ou nuancer. Et la manière dont une personne accueille, discute ou conteste son propre profil constitue en soi une information précieuse sur sa capacité d'auto-analyse. Nous appliquons la même exigence à l'intelligence artificielle, que nous mobilisons avec parcimonie : elle peut soutenir notre travail en amont, jamais l'évaluation elle-même. L'observation, l'analyse et la recommandation restent intégralement humaines.


Maîtrise actuelle et potentiel d'évolution : deux lectures à ne pas confondre

Toute évaluation sérieuse distingue deux plans. Le premier est celui de la maîtrise observée, qui se lit en gradation plutôt qu'en tout ou rien : une compétence peut être mobilisée naturellement, en toutes circonstances ; mobilisable sous certaines conditions seulement ; ou encore peu mobilisée à ce stade. Dire d'une personne qu'elle manque d'empathie n'apprend rien à personne. Dire qu'elle en fait preuve spontanément en relation individuelle mais la perd dès que la tension monte en collectif ouvre, en revanche, un chantier précis.


Le second plan est celui du potentiel, et il ne se déduit pas du premier. Une personne dont la maîtrise actuelle est moyenne, mais qui apprend vite, se remet en question sans se déstabiliser et trouve dans la fonction visée un moteur réel, constitue souvent un pari plus solide qu'un profil déjà installé et sans appétence pour le mouvement.


De cette double lecture découle ce qui a le plus de valeur pour nos clients : des préconisations plus qu’un simple verdict. Un plan de progression hiérarchisé, la nature de l'accompagnement adéquat et les conditions concrètes à réunir pour que la personne réussisse. L'assessment est donc vu comme un point de départ.


Ce qui fait, selon nous, la valeur d'un assessment

Notre référentiel s'est construit au fil des années passées à accompagner des organisations dans leurs recrutements, leurs formations et leurs assessments, et à observer ce qui, une fois la personne en poste, fait réellement la différence. Ce sont rarement les compétences les plus faciles à cocher.


Une méthodologie robuste et éprouvée, un référentiel actualisé et nourri par le terrain, des outils psychométriques utilisés comme appuis et non comme verdicts, un recours à l'intelligence artificielle tenu à sa juste place, et une vision projective du potentiel : voilà les ingrédients de nos assessments chez Valeur Plus. Parce qu'au fond, la question à laquelle nous tentons de répondre est « dans quelles conditions cette personne va-t-elle déployer ces compétences et que sommes-nous prêts à mettre en place pour que cela advienne ? ».


[1] Sackett, Zhang, Berry & Lievens (2022), Journal of Applied Psychology



Réalisé par Natacha Tasev, Consultante et responsable du pôle RH


 
 
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